Galeries 
Eugènes
"Les Eugène"

"C’est le dieu lui-même qui veillait sur eux et les faisait paître, de même qu’aujourd’hui la tribu des hommes, autre et plus divine que celles qui lui sont inférieures, les fait paître. Et il n’y avait, sous la gouverne du dieu, ni états ni possession de femmes et d’enfants ; car c’est du sein de la terre que tous remontaient à la vie, sans garder aucun souvenir de leur passé. Ils ne connaissaient donc aucune des institutions politiques ; en revanche, ils avaient à profusion des fruits que leur donnaient les arbres, et nombre d’autres plantes qui poussaient sans culture et que la terre produisait d’elle-même. Ils vivaient la plupart du temps à l’air libre sans habit et sans lit ; car les saisons étaient si tempérées, qu’ils n’en souffraient aucune incommodité, et ils trouvaient des lits moelleux dans l’épaisse prairie qui sortait de la terre."

Platon, Le politique




"Eugène", en grec, désigne la noblesse, le bon gène pourrait-on dire, la tribu
(Le "genos") bien née ; également la "générosité", la noblesse des sentiments.
Et sans doute, l’entêtement de Djamila Hanafi à décliner en série les corps individués (les "Eugène", les séries de dessins et collages, "Pop show", les masques, les doubles têtes, les paysages…) s’enracine dans une quête de la tribu qui loin d’on ne sait quelle obsession familialiste ou ethnique, fait son exigence d’une tension fébrile vers l’universalité du genre, inaccessible(et donc toujours désirable) parce que indéfiniment représentée dans le multiple, et réfléchie par le divers. C’est là aussi, peut-être, le sens de la mélancolie à laquelle nous introduit la glaise : "Hic est locus patriae", ici est le séjour de nos pères. Dans la tourbe, nos morts veillent.


Une "Eugène"
Elle ne nous regarde pas. Pourtant, nous sommes saisis. Nulle expression, en elle, qui s’adresserait à un sujet supposé la recevoir, nul visage tourné vers nous. Dire plutôt qu’elle est l’expression d’elle-même, et le visage en personne.
Risquons la réduction, mimons le spéculatif. "Chez l’homme, tout est visage", écrit le philosophe Emmanuel Lévinas. Et encore : "le visage signifie par lui-même… il répand la lumière où se voit la lumière. On n’a pas à l’expliquer, car, à partir de lui, toute explication commence." A suivre l’intention qui semble animer les séries : les "Eugène", les têtes terre, etc.…, cette éthique du visage pourrait bien être celle de Djamila Hanafi, pour qui dans le visage d’autrui se livrent et se retirent d’un même mouvement, suspendus, le nu le fragile l’intime.
Là, sur la pointe extrême de l’instant, commence la tentation de la violence, en même temps que l’inexplicable, muette, mais impérieuse injonction à respecter le visage.



Jérôme DELCLOS.




























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